de suivi

  • La "cancel culture" n'existe pas

    Dans Indignez-vous, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Stéphane Hessel, diplomate, écrivain et résistant, rappelait la nécessité des luttes contre les inégalités sociales, le mauvais traitement de la planète et la domination de la finance sur les droits humains. Nous étions en 2010. Aujourd’hui, ces thématiques universalistes sont développées par des mouvements nouveaux, constitués de minorités touchées tour à tour ou tout à la fois par les ségrégations raciales et xénophobes, la domination patriarcale ou les discriminations sexuelles et de genre.

    Ces mouvements, parfois regroupés sous le terme de «wokisme» – issu de to wake, se réveiller en anglais –, nous amènent à reconsidérer, à la lumière d’un travail historique, la question des inégalités et à proposer de nouvelles grilles de lecture dans les luttes pour un monde juste et tolérant.

    Dans le même temps, nous assistons à la montée d’une inquiétante forme de violence à l’égard des personnes portant ces revendications. Il paraît ainsi essentiel de rappeler les valeurs portées par le wokisme mais aussi de condamner les discours alarmistes développés par ses détracteurs et détractrices, issu·es de mouvements d’extrême droite avant d’évoluer vers un front commun nostalgique d’un certain patriarcat.

    Un mouvement rassembleur

    Si l’indignation constitue un premier pas, le wokisme nous propose d’être «en éveil» face aux inégalités sociales et à l’oppression. Martin Luther King ne disait pas autre chose lorsqu’il exhortait les jeunes Américain·es à «rester éveillés», alors que Karl Marx, au siècle précédent, encourageait les ouvriers à renforcer leur «conscience de classe». Le mouvement woke a cela de nouveau qu’il marque la volonté des minorités de s’unir autour d’une expérience partagée des discriminations. Le mouvement postule qu’elles s’entrecroisent et sont supérieures à la somme de leur addition. Un jeune homme noir et gay risque de devoir affronter une multiplication d’épreuves rendant son vécu particulièrement douloureux. Très loin du «repli communautaire», le mouvement woke est profondément rassembleur: il n’est rien d’autre que l’union des luttes pour la diversité, l’égalité et la liberté.

    De nouvelles bases

    A travers les études genres et l’approche de déconstruction coloniale, ce mouvement s’appuie sur un examen critique des règles et valeurs qui sous-tendent nos organisations sociales.

    A l’instar de Pierre Bourdieu dans La domination masculine (1998), nombreux sont les sociologues à dénoncer les rapports structurels d’oppression. Il y est toujours question de la centralité accordée à l’homme, blanc, cisgenre, hétérosexuel, lui offrant de fait une position dominante. Si ce statut ne suffit pas à bénéficier d’une position privilégiée, se draper dans cette image de référence octroie un avantage dont il faut être conscient qu’il s’obtient au détriment des autres. Il faut ainsi, par des actes, rendre leur place aux femmes, aux trans, aux Afro-descendant·es, aux gays ou aux lesbiennes, là où se forment nos consciences – dans l’écriture, les manuels scolaires, les rues. La «cancel culture» n’existe pas: seule règne la volonté de questionner nos références.

    Au croisement de la justice sociale et de l’écologie

    En phase avec son époque, le wokisme s’inscrit dans le combat pour l’écologie et la justice sociale. Il résulte lui aussi de l’échec des politiques patriarcales et productivistes. Durant des siècles, il a été considéré à tort que la croissance des richesses résoudrait les grands déséquilibres de nos sociétés. Nul besoin de remettre en question l’accumulation des biens, l’égalité était en marche grâce au «ruissellement». Inutile de repenser notre consommation, la croissance verte apporterait la durabilité. Le pouvoir des tenants du patriarcat n’avait pas besoin d’être contesté, le volontarisme des opprimé·es viendrait à bout d’un déséquilibre avéré.

    Aujourd’hui, l’écologie nous enseigne au contraire que, pour respecter les limites planétaires, des restrictions devront être imposées aux plus gros consommateurs. Le socialisme nous dit qu’il faut des politiques redistributives. Le wokisme, enfin, pointe les omniprésentes discriminations structurelles. Il nous invite à déconstruire les rapports de pouvoir, à en dénoncer les rouages et à rééquilibrer nos références. N’en déplaise à certain·es, le wokisme propose une approche universelle des problématiques sociétales, qui s’inscrit au cœur de valeurs inhérentes aux Vert·es.

    Une Opinion signée avec Nicolas Walder, conseiller national et vice-président des Vert-e-s suisses, dans le Courrier du 24 mai 2022

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  • La transidentité fait partie de la diversité des identités

    Dans le cadre de la campagne annuelle de la Ville de Genève contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, des affiches mettant en scène la richesse des corps queer ont essaimé dans les rues. Organisée chaque année depuis 2013, cette campagne vise à donner une visibilité aux communautés LGBTIQ+ et à sensibiliser le public aux enjeux qui les concernent spécifiquement. Pour cette édition 2022, intitulée « Nos corps, nos fiertés », nous avons choisi, de façon affirmée, de mettre l’accent sur une thématique centrale : le droit de chaque personne à l’autodétermination et au respect de son corps.

    Le plus souvent invisibilisés, voire caricaturés, ces corps queers s’affichent de manière positive à la population, dans toute leur diversité – une façon légère et à la fois terriblement sérieuse de contrarier la vision  qui leur est le plus habituellement réservée. Ces visuels ont été réalisés par des artistes qui sont aussi des personnes concernées et alliées. Bien loin d’une idéalisation ou d’une glorification, elles traduisent une réalité – leur réalité -, tout à la fois subjective et légitime. Avec un message à la clé : tous les corps sont beaux, tous les corps sont valides.

    Si cette campagne suscite une foule de réactions positives, certaines voix prennent son prétexte pour remettre en question le droit à l’autodétermination, particulièrement pour les personnes trans, comme l’illustre l’opinion parue le 12 mai dans le journal Le Temps. Elles y donnent l'impression d'une dérive dangereuse, en laissant insidieusement entendre que les associations détourneraient les jeunes vers la transidentité avec l'appui des pouvoirs publics.

    Aujourd’hui, je tiens à réaffirmer ma conviction que les droits à l’autodétermination des personnes LGBTIQ+ et au libre choix sur toutes les décisions qui les concernent ne peuvent et ne doivent en aucune façon être remis en question. C’est un combat juste, un combat permanent - à l’image du droit des femmes à disposer de leur corps, dont les avancées furent obtenues en leur temps de haute lutte par les milieux féministes. Il s’agit de droits essentiels, inaliénables, pour lesquels nous entendons continuer à nous mobiliser, à côté des associations qui réalisent avec professionnalisme un extraordinaire travail.

     

    Une Opinion parue dans Le Temps du 24 mai 2022: www.letemps.ch/opinions/transidentite-partie-diversite-identites

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  • Jour du dépassement: nous vivons désormais à crédit

    Ce 13 mai 2022 marque le Jour du Dépassement de la Suisse. Concrètement, cela signifie que si tous les êtres humains vivaient comme la population helvétique, nous aurions consommé aujourd’hui toutes les ressources que la planète peut renouveler en un an. A partir de demain, et jusqu’à la fin de l’année, nous vivrons donc aux dépens des générations futures.

     

    Cette date, déterminée par l’ONG américaine Global Footprint Network, permet d’illustrer l’empreinte environnementale importante des pays développés. Elle illustre la consommation d'une population humaine en expansion sur une planète limitée. Surtout, elle nous invite à modifier nos comportements. Car l’échec, ce n’est pas le jour du dépassement ; c’est le fait de ne pas y prêter l’attention qu’il mérite. L’échec, c’est l’incapacité à s’extraire d’une surconsommation effrénée, à considérer nos besoins réels, à mettre en œuvre une véritable réutilisation de nos matériaux. L’échec, c’est la soif du toujours plus. Or, le dernier rapport du GIEC l’a parfaitement mis en évidence : nous disposons actuellement de toutes les technologies et de tous les moyens pour transformer nos sociétés extrêmement rapidement. Pour chacun des secteurs de la société, nous disposons de modèles qui montrent que l’on pourrait concilier niveau de vie et zéro émission.

    L’urgence à agir n’est plus à démontrer : pour limiter le réchauffement global à environ 1,5 degré – et garantir ainsi de bonnes conditions de vie aux générations futures –, nous devons atteindre un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre avant 2025. Les trois années à venir sont donc déterminantes et doivent être appréhendées comme une chance d’impacter de manière décisive notre avenir sur Terre. La Ville de Genève en est pleinement consciente,  raison pour laquelle elle a adopté en février dernier une Stratégie climat ambitieuse. Les objectifs sont clairs : il s’agit de réduire drastiquement les émissions de gaz à effets de serre du territoire communal, en atteignant moins 60% d’ici à 2030 et la neutralité carbone en 2050, ainsi que de mettre en place des mesures d’adaptation au changement climatique. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, toutes les politiques publiques, les projets et prestations, les décisions politiques, administratives et financières de la Ville doivent dès à présent être repensés à l’aune de la transition écologique, pour faire de Genève en 2050 une ville écologique, solidaire et dynamique.

     

    Mais bien sûr, face à l’ampleur du défi, la mobilisation doit être générale et impliquer l’ensemble des échelons de notre société, des plus hautes sphères aux citoyennes et citoyens. En se rappelant que chaque gramme, chaque kilo, chaque tonne de CO2 évitée, non émise, compte. En clair, que « le pire n’est pas certain » pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de Catherine et Raphael Larrère, et que continuer à se mobiliser n’est pas vain. En transmettant enfin un message clé : si la transition écologique est aujourd’hui indispensable, elle n’est de loin pas synonyme de retour en arrière. A bien des égards, la société durable et décarbonée apparait en effet comme la société du bien-être physique et mental, du mieux vivre-ensemble, de la créativité, de l’innovation et du dynamisme. Une raison de plus pour nous mettre au travail, dès aujourd’hui et ensemble.

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