de suivi

Quand la Poste suisse joue contre l’urgence climatique

De nombreux ménages genevois ont reçu un courrier de la Poste suisse avec des autocollants « I love publicité » destinés à remplacer sur les boîtes aux lettres ceux qui s'y opposent. Le but ? Tester de nouveaux échantillons. Un procédé indigne à l’heure de l’urgence climatique.

De nombreux ménages genevois ont reçu récemment un courrier de la Poste suisse leur annonçant l’arrivée imminente dans leurs boites aux lettres « d’échantillons gratuits forts attrayants » : un paquet de riz express, une barre chocolatée et une bière sans alcool. Condition pour bénéficier de cette offre ? Retirer leur autocollant « Non merci, pas de publicité» de leur boîte aux lettres ou, s’il est trop difficile à enlever, coller par-dessus l’autocollant « I love publicité » gracieusement joint au courrier. Les ménages pourront ainsi exaucer leur «vœu le plus cher» : tester de nouveaux produits « tranquillement, à la maison ».

Ce n'est pas la première fois que le géant jaune procède à ce type de campagne pour tenter de diminuer la proportion de ménages refusant la publicité : de nombreuses villes, outre-Sarine pour l’essentiel, ont déjà été ciblées ces dernières années. A chaque fois, cela a suscité de nombreuses réactions négatives, n’empêchant pas pour autant la Poste de reconduire cette opération marketing.

A l’heure de l’urgence climatique, cette initiative passe mal. Alors que nous devrions, toutes et tous, consommer mieux, en se concentrant sur les commerces de proximité proposant des produits locaux et de saison, et réduire autant que possible nos déchets, elle incite en effet à la surconsommation, dont on connaît les conséquences désastreuses pour l’environnement, via la publicité et l’envoi d’échantillons de produits qui ne sont favorables ni à l’état d'urgence écologique dans lequel nous nous trouvons, ni à la santé des consommateurs et consommatrices. Cette action me paraît d’autant plus indigne qu’elle vise spécifiquement celles et ceux ayant déjà marqué leur désapprobation face ce type de procédés.

En encourageant la distribution de prospectus dans nos boites aux lettres, elle s’inscrit par ailleurs à contre-courant des efforts en matière de lutte contre le gaspillage de papier.  Pour rappel et comme l’a démontré la Fédération romande des consommateurs en 2017, chaque boîte aux lettres suisse engloutit entre 36 et 60 kilos de publicité par année. Un chiffre qui peut encore atteindre 18 kilos pour les ménages ayant pourtant explicitement indiqué leur refus de publicité via un autocollant. Les chiffres de l’association Ecopaper, que la Ville de Genève avait justement subventionné en 2017 pour la diffusion d'autocollants "STOP publicité" en Suisse romande, sont même plus alarmants puisqu’elle estime que ce sont plus de 100’000 tonnes d’imprimés publicitaires qui partent au vieux papier chaque année, souvent sans même avoir été lus.

Aujourd'hui, le défi climatique appelle une action résolue de l'ensemble de la société. La plupart des villes et des cantons, de même que la Confédération, se sont fixé des objectifs clairs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de neutralité carbone. Nous ne pourrons les atteindre qu'en étant cohérent-e-s et en modifiant en profondeur les fonctionnements qui nous ont conduits à cette situation d'urgence. Dans ce cadre, nous sommes en droit d'attendre mieux, beaucoup mieux même, d'un service public.

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