Aménagement ? Changeons de paradigme !

J’ai participé au débat de la Tribune de Genève et du Club suisse de la presse, que je remercie pour l’organisation impeccable de la soirée. La thématique générale portait sur les défis qui attendent Genève lors de la prochaine législature. J’ai moi-même fait partie du panel de cinq candidat.e.s interrogé.e.s sur le type de croissance souhaité pour Genève.

A cette question, permettez-moi de répondre par une autre : quelle croissance est réellement souhaitable dans un monde aux ressources finies, soit non renouvelables ad aeternam ? A l’heure de l’urgence climatique, nous ne pouvons plus raisonner selon des logiques passéistes qui nous ont mené.e.s à l’actuel désastre environnemental – et social pour partie. Aujourd’hui, nous devons passer à l’étape suivante. Celle de la transition écologique, pour aboutir à une société post-carbone, où le seul bien infini est celui du vivre ensemble et de la qualité de vie.

Plus spécifiquement, Laurence Bézaguet de la Tribune de Genève m’a demandé si je regrettais les récents choix populaires de ne pas développer les zones de Meyrin-Cointrin, de Pré-du-Stand ou encore du Petit-Saconnex. La réponse est non, puisque j’ai personnellement défendu publiquement et en assemblée générale des Vert.e.s genevois le refus de ces déclassements. Plusieurs facteurs expliquent ma prise de position.

Tout d’abord, les pics et îlots de chaleur en Ville ces deux dernières années ont été très mal vécus par les habitant.e.s. Il faut se rendre compte d’une chose : quand il fait à Anières une température de 20° à minuit, le thermomètre grimpe en Ville à 30° ! Et à 30°, le corps ne se repose pas. Ces périodes de grandes chaleurs vont se généraliser. Raison pour laquelle il est urgent de travailler sur la déminéralisation de la Ville, et sa végétalisation.

Ensuite, nous devons tenir compte des projets récemment sortis de terre et qui ont déçu, à l’instar de l’écoquartier du Carré Vert (ex-Artamis). On nous a vendu une forêt urbaine, on se retrouve aujourd’hui dans un océan de béton! A ce titre, le futur périmètre de la Caserne des Vernets est préoccupant. Il est nécessaire de marquer un temps d’arrêt, prendre le temps de la respiration, réintroduire le vivant et le végétal dans la Ville : c’est un enjeu de santé publique.

La ville n’est pas seulement qu'un amoncellement technique d’immeubles c’est aussi un rapport entre les hommes et les femmes qui l'habitent. La vie en ville doit avoir la priorité sur les immeubles.

J’en appelle à un changement de paradigme. Jusqu’ici, nous avons construit sans nous soucier de ce que nous allions mettre autour. Le geste architectural était privilégié (et encore, ça n’a pas toujours donné lieu à des réussites !) au détriment des personnes qui allaient occuper ces logements et vivre dans les nouveaux quartiers ainsi créés. Désormais, nous devons penser l’aménagement de manière transversale, à l’aune de toutes les politiques publiques afférentes (mobilité, cohésion sociale, culture, sports etc.), avant de vouloir construire quoi que ce soit ! C’est à cette seule condition que nous pourrons aller de l’avant avec les Plans localisés de quartier en cours sur le territoire de la Ville. A cet égard, les coopératives, parce que non spéculatives, doivent être privilégiées ainsi que la maîtrise foncière par les collectivités publiques, pour des loyers abordables et du logement social.

Quant aux grandes zones de développement, si des zones villas doivent céder la place à des logements bien moins voraces en énergie, cela ne doit pas être une occasion de plus de minéraliser le sol. Des forêts, des zones de verdure et des arbres doivent apparaître et être replantés. Ces interstices végétales dans l’espace urbain seront un bienfait pour les habitant.e.s et pour la biodiversité. En supprimant la nature de la Ville on rompt aussi les liens sociaux.

Enfin, j’aimerais citer quelques objectifs : un moratoire sur tout nouvelle construction de bureaux, la piétonisation du centre-ville et des quartiers, dans un but de santé publique, et une couverture arborée de 30% en Ville (contre 21% actuellement). Et comme on ne pourra pas tout avoir, il nous faudra choisir entre les arbres et les places de parc !

Enfin, M. Pierre Ruetschi nous a demandé de définir en un mot notre vision de Genève en 2050. J’ai répondu par « Biopolis ». Soit une ville écologique et végétale, hybride entre le milieu naturel et celui urbanisé, qui fonctionne aux bioénergies et construit ou rénove avec des biomatériaux (bois, paille, liège, chanvre). Je me réjouis de voir le résultat et vous donne rendez-vous dans 30 ans pour voir le résultat !

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Alfonso Gomez

 

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