10/11/2014

Quand les habitants prennent les affaires en main : exemple la rue Lissignole

 

Le bâtiment de la rue Lissignol 1-3, propriété de la Ville de Genève devrait être rénové si le conseil municipal de la Ville de Genève accepte un crédit de rénovation. Ce projet est absolument nécessaire et tout le monde en convient aussi bien les professionnels que tous les groupes politiques du municipale. Seulement voilà un front, certes minoritaire, mais assez important pour imposer un 3ème débat au sein du municipale s’est fait jour, emmené par le PLR, l’UDC et … le PDC. Ce front du refus tient plus au choix des futurs locataires qu’au projet lui-même.

Il faut rappeler que nombre d’immeubles du quartier ont été acquis par la Ville de Genève dans les années 1950 dans la perspective de les démolir afin de transformer la rue des Etuves en voie express. C’est grâce à la lutte des habitants et particulièrement celle des Habitants associés de Saint-Gervais et des associations du patrimoine que la Ville de Genève a dû renoncer à ces projets.

L’engagement des associations de quartiers et d’habitants a permis de sauver de la démolition quantités d’immeubles qui chacun permet d’offrir des logements à des prix abordables.

Or ce front du refus de la droite voudrait aujourd’hui « profiter » des travaux de rénovation pour expulser les locataires actuels au prétexte qu’il s’agit pour certains d’anciens squatter et qu’ils sont au bénéfice d’un bail associatif signé  en son temps par un magistrat libérale M. Claude Haegi.  La droite municipale voudrait que cette expérience cesse, qu’un habitat collectif et original ne puisse se développer en Ville de Genève, qu’on ne puisse offrir de logement de qualité à des prix abordables.

Pour répondre aux graves accusations dont certains municipaux ont affublés les locataires actuels ceux-ci ont répondus dans une lettre à tous les membres du conseil municipale que je reproduis ci-dessous :

 

« Mesdames les conseillères municipales, Messieurs les conseillers municipaux,

Au nom de l’association Action Civique Intempestive qui regroupe les habitants et les utilisateurs de l’immeuble situé au 1‐3 rue Lissignol, nous regrettons vivement les propos tenus à notre égard par certains conseillers municipaux, lors des premiers débats sur la PR-978.

Nous avons été blessés par les qualificatifs de “profiteurs”, “parasites” et “sangsues”. Nous tenons à rectifier ici quelques inexactitudes émises à notre propos.

L’immeuble du 1-3 rue Lissignol a toujours été habité légitimement par notre association. Les clefs nous ont été remises en 1989 par Claude Haegi, magistrat libéral alors membre du conseil exécutif de la Ville de Genève. Cette mise à disposition du  bâtiment s’est faite dans le cadre formel d’un contrat de confiance entre la Ville de Genève et notre association.

Ce contrat a été signé par les deux parties et renouvelé depuis tacitement de mois en mois. Dans le cadre de ce contrat de confiance, la Ville nous a demandé de verser une contribution de solidarité de 50 francs par mois par habitant à l’association Carrefour-Rue. Cette contribution a été jugée adéquate par la Ville eu égard à l’état très dégradé de l’immeuble et au fait que tous les travaux de remise en état et d’entretien seraient à la charge de l’association. Notre association s’est acquittée régulièrement du versement mensuel de cette contribution financière, sauf durant une période d’instabilité de deux années, il y a plus de dix ans.

Par ailleurs, depuis octobre 2010, nous avons doublé le montant de nos versements mensuels. En vingt‐cinq ans, l’association Action Civique Intempestive a versé 420'000 francs à l’association Carrefour-Rue.

Mais nous voulons surtout insister ici sur les motivations qui nous animent depuis vingt-cinq ans : nous défendons un mode d’habitat différent du logement locatif individualisé qui trop souvent isole les citoyens derrière leur porte palière.

Nous aspirons à un mode d’habitat collectif, ouvert, solidaire et convivial. Pour y parvenir,  nous favorisons le développement d’espaces communs qui permettent aux habitants de se réunir, ainsi que d’espaces de création artistique et d’espaces ouverts sur le quartier pour des activités sociales et culturelles. Nous tenons à l’avenir à poursuivre ce mode de vie dans le cadre d’un bail associatif avec la Ville de Genève. Cette dernière  ne fait pas un geste de favoritisme en nous faisant passer devant d’autres ayant-droits, mais un geste de politique sociale dans le but d’expérimenter, au sein de son parc immobilier, d’autres façons d’habiter et de vivre ensemble.

Enfin nous rappelons que, dans le cadre de ce bail associatif, les habitants du 1-3 rue Lissignol seront soumis au règlement de la Gérance immobilière municipale.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous suivre dans ce projet en acceptant la PR-978 à la fin du troisième débat et nous vous transmettons nos meilleures salutations,

Pour l’Association Civique Intempestive »

Ce type d’expérience collective apporte la preuve que nos sociétés ne sont pas uniquement une collection d’individus à la recherche de leur seul intérêt individuel, sous l’autorité d’un Léviathan bienveillant qui veillerait sur l’intérêt générale. Elle relève que les citoyens sont prêts à s’organiser pour résoudre les problèmes de nos sociétés. C’est de ce type d’initiative collective que sont issues les futures politiques publiques qui, au fil du temps, assureront un meilleure « vivre-ensemble » et finalement une meilleure sécurité à tous.

 

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00:14 Écrit par Alfonso Gomez dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

07/09/2014

Pour la formation des jeunes : Soutenir et non exclure !

Mi-août nous avons appris, par la presse, que la Cheffe du Département de l’instruction publique  a décidé de durcir la sélection dans les formations secondaires après le Cycle d’orientation (CO).  Les élèves et leurs parents ont donc reçu, la première semaine d’école, les informations concernant ces modifications,  imposées sans consultation des associations professionnelles ni des associations de parents et d’étudiants.

Le nouveau règlement limite, pour toutes les formations après le CO, le redoublement et les dérogations, et raccourci le délai pour une interruption d’année à fin septembre comme si trois semaines d’école suffisaient pour porter un jugement aussi définitif sur un élève!  

En plus, pour les collégiens et collégiennes, le DIP exigera l’obtention de 16 points dans les matières principales en 2ème, 3ème et 4ème année.

La Cheffe du DIP prétend qu’une sélection plus dure permettra une meilleure orientation des jeunes et une augmentation des places d’apprentissage…

La nouvelle Constitution genevoise a rendu l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. Dans les grandes villes suisses,  la moyenne d’âge d’entrée en apprentissage est à 18 ans. A Genève, seul 20% des jeunes d’une classe d’âge obtient une maturité au collège. Une formation pour chacun-e selon la formule de la Cheffe du DIP est un objectif essentiel. En attendant, pourquoi mettre les jeunes en échec scolaire ?

Ce qui semble être recherché, c’est une limitation du parcours de certains élèves dans le secondaire pour ne rien obtenir in fine. Admettons.  Mais alors pourquoi avoir mis en place un règlement en catimini, sans mesures d’accompagnement ? Que vont devenir les élèves « exclus ».

Aller dans les écoles de culture générale (ECG) qui sont déjà surchargées et les bâtiments insuffisants.  En apprentissage ? Soit, mais que fait le DIP  pour adapter la formation professionnelle ?  Espère-t-on que les entreprises créent des places d’apprentissage d’un coup de baguette magique ! Le risque est de favoriser les décrochages scolaires qu’on prétend combattre.

 La méthode porte avec elle une légère odeur de soufre. En excluant très rapidement les élèves on limite les coûts au DIP, bref on économise sur le dos de la démocratisation des études.

Comme le dénonçait Mme Betran de la FAPPO (Fédération des Associations de Parents du Post-Obligatoire) dans Le Courrier du 12 août «  Les conditions pour obtenir la maturité ne cessent d’augmenter depuis quatre ans. Il est donc normal que les échecs augmentent au collège » et elle posait la bonne question  «Pourquoi une école si sélective? » en mettant en garde sur le fait que cette politique risque d’augmenter  « la fracture sociale et la paupérisation des couches les moins favorisées. Les jeunes issus de familles aisées pourront toujours se payer une formation dans le privé pour accéder à l’université ».

Face à ce durcissement, aucune nouvelle mesure n’est annoncée pour renforcer le soutien scolaire dans les écoles secondaires comme par exemple :

-          organiser des examens de rattrapage dans les établissements du secondaire à la fin de l’été comme c’est le cas à l’Université et dans de nombreux pays européens pour éviter le redoublement  et la démotivation ;

-          améliorer la cohérence entre les exigences disparates selon les collèges et les professeurs ;

-          améliorer les moyens des Ecoles de culture générale et Ecoles de commerce et créer de nouvelles places avec un encadrement adéquat ;

-          augmenter les places d’apprentissage en école et duales ;

-          mieux former les enseignant-e-s au soutien scolaire et développer le soutien scolaire public et gratuit ;

-          etc.

Il est primordial que les jeunes restent scolarisés et ne décrochent pas de leur formation, même lorsque les parcours ne sont pas des longs fleuves tranquilles. Choisir un métier, décider de son avenir n’est pas toujours facile. Pourquoi devrait-on être puni de cela ?

DIP

19:11 Écrit par Alfonso Gomez dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : dip

01/04/2014

Champ-Dollon ne garantit plus les droits et la sécurité des détenus ni du personnel pénitentiaire.

La Ligue Suisse des Droits de l’Homme – Genève (LSDH-Genève) dénonce inlassablement la surpopulation chronique et croissante de la prison de Champ-Dollon depuis de nombreuses années déjà. Elle rappelle régulièrement que des rapports émanant d’organismes internationaux, comme le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT), ont depuis longtemps déjà également pris la mesure de la gravité de la situation qui prévaut dans cette prison.

 

Il y a un an de cela, les gardiens manifestaient eux-mêmes leur mécontentement et leur vive inquiétude lors d’une grève : ils tenaient à alerter les autorités et la population de la situation dramatique et des risques encourus en raison de la surpopulation carcérale, pour eux-mêmes mais aussi pour les détenus.

 

Depuis un an, la situation n’a encore cessé de se dégrader au point qu’au mois de février dernier, c’est le Tribunal Fédéral, soit la plus haute instance judiciaire suisse, qui tranchait : les conditions de détention à la prison de Champ-Dollon sont telles qu’elles violent le droit et qu’elles constituent, sur le plan juridique suisse, des traitements inhumains et dégradants.

 

Le 28 mars dernier, c’est le directeur de la prison qui affirmait par voie de presse « passer à côté du drame en permanence ».  La prison de Champ-Dollon n’est de toute évidence plus à même de remplir la mission qui est la sienne… Le même jour, un détenu est retrouvé mort dans sa cellule.

 

La LSDH a récemment reçu, non sans émotion,  de nombreux témoignages de détenus et de leurs familles. Si la plupart saluent le travail des gardiens et du personnel pénitentiaire (médical, notamment), ils sont unanimes à faire part de leur détresse, des graves conséquences de la situation actuelle sur leur santé, de leur peur même de s’endormir le soir venu, des violences qu’ils sont trop nombreux à avoir subies, du climat de tension extrême dans lequel ils se trouvent tous.

 

Il y a un an, la LSDH affirmait déjà que des solutions immédiates existent pour désengorger la prison, il faut maintenant que les autorités les appliquent. Leur responsabilité est engagée. D’une part, la privation de liberté n’est pas la seule sanction prévue par le législateur et rien ne justifie que d’autres sortes de sanctions ne soient prononcées chaque fois que cela est possible. D’autre part, et dans ce cadre, le fait d’incarcérer une personne en raison d’une simple infraction à la loi sur les étrangers (LETR) est non seulement contraire à la jurisprudence européenne constante, mais encore tout simplement inadmissible à Champ-Dollon, que ce soit sur un plan éthique, juridique ou pragmatique.

 

La Ligue Suisse des Droits de l’Homme – Genève tient par la présente à appeler les autorités :

-          à prendre la mesure des risques que la situation qui prévaut à Champ-Dollon fait courir aux détenus comme au personnel pénitentiaire ;

-          à respecter les normes que fixe le droit et qu’a rappelées le Tribunal Fédéral ;

-          à faire honneur à ses engagements en termes de respect des droits fondamentaux.

-          Elle adresse par ailleurs ce même jour des courriers demandant au CTP (Comité européen pour la prévention de la torture), au CNPT (Commission nationale de prévention de la torture) et à la Commission des visiteurs du Grand Conseil de faire valoir toutes leurs prérogatives afin de contribuer à rétablir des conditions de détention acceptables à Champ-Dollon et à prévenir des drames annoncés.

 

 31 mars 2014

Pour le comité de la Ligue Suisse des Droits de l'Homme - Section Genève :

Doris Leuenberger, Alfonso Gomez

 

12:13 Écrit par Alfonso Gomez dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)