Le parking Clé-de-Rive : un aspirateur à voitures sidérant d’anachronisme.

Genève, comme d’autres villes dans le monde, se trouve à un tournant: la population a pris conscience de l’urgence climatique, l’a démontré en descendant dans la rue puis en élisant un parlement fédéral plus vert, confirmant la tendance cantonale. Les dernières votations municipales n’ont fait qu’asseoir cet élan. Il y a trois ans déjà, la population plébiscitait à 68% la loi sur une mobilité cohérente et équilibrée. En termes de politique routière, les autorités ont mis en place des stratégies d’évitement du centre-ville. Depuis, on a vu émerger une voix verte, un U cyclable autour de la rade, et le CEVA nous permettra de changer de paradigme en profondeur.

Les feux sont au vert. Pourtant, la majorité de droite du Conseil municipal vient de voter la construction d’un méga-parking de 500 places… en plein centre-ville! Ce projet sidère par son anachronisme. Sans compter qu’il lie la Ville par un droit de superficie de soixante-cinq ans à la société Parking Clé-de-Rive, en contrepartie d’une zone à priorité piétonne – et non une zone piétonne! – réduite à peau de chagrin en comparaison du projet initial. Alors que les villes du Nord multiplient les autoroutes à vélos, Genève se lance dans un aspirateur à voitures. Alors que l’on se dirige vers la disparition des voitures dans les centres-villes, selon les termes dans la presse du directeur général de la Fondation des parkings, Genève semble vouloir maintenir son record suisse du bouchon routier.

Contre tout bon sens, le Conseil administratif a choisi un compromis bancal en liant deux objets antinomiques. On sait pourtant que les parkings publics ne fonctionnent pas à plein. Il y a quelques années, en se basant sur des chiffres de l’Office fédéral de la statistique, des experts s’inquiétaient du nombre trop important de places de parc en Suisse. Au démarrage du projet Clé-de-Rive il y a dix ans, les précisions demandées par le Municipal et fournies par la Ville montraient qu’avec 236 places de parc pour 1000 habitants, Genève devançait déjà des villes comme Berne (205) ou Bâle (168). Alors que deux nouveaux parkings souterrains verront le jour à la gare des Eaux-Vives (700 places) et à la gare de Chêne-Bourg (500 places), il est aberrant de vouloir en ajouter davantage. Juste après avoir décrété l’urgence climatique, la Ville est prête à se lier à une société privée qui promet que l’affaire rapportera gros en termes de rentrées fiscales, sans pour autant dévoiler, malgré les demandes, son business plan.

Pour les Vert-e-s, la planification est la pierre angulaire d’une véritable politique du stationnement. Contrairement à la droite élargie, il nous paraît inconcevable de nous lancer dans un tel chantier sans un recensement exhaustif des places publiques et privées, de leur coût, des tarifs et des taux de location. Ni sans avoir répertorié les besoins actuels, pris en compte les tendances qui se dessinent et mesuré l’impact des mesures en matière de mobilité – développement de l’offre en transports publics, promotion de l’autopartage, sécurité accrue des déplacements piétonniers et cyclistes par les bais de mesures d’aménagement… Bourlinguer à l’aveugle est indigne au vu des préoccupations actuelles des Genevois-es!

Dans une société, les tournants sont rares. Et le paquet mal ficelé de Clé-de-Rive, qui ne fera qu’augmenter la circulation autour de Pierre-Fatio, a dix ans, cela se sent. N’acceptons pas aujourd’hui un projet qui a déjà mal vieilli, à rebours des efforts réalisés! Les Vert-e-s invitent la population à signer le référendum contre un parking passéiste et soutenir l’initiative qui suivra pour une vraie piétonnisation d’une partie du centre-ville!

Alfonso Gomez candidat des Vert-e-s au Conseil administratif de la Ville de Genève et conseiller municipal.

(Article paru in Le Courrier le 11 décembre 2019)

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