Propos d'aujourd'hui sur le 9 novembre 1932.

Mon discours devant la pierre commémorative où sont tombées les victimes du 9 novembre 1932.

"C’est avec une grande émotion que je rends hommage aujourd’hui, avec vous, aux victimes du mouvement ouvrier assassinées le 9 novembre 1932 à Genève par une armée au service du pouvoir en place.

Petit fils d’un républicain espagnol persécuté et emprisonné, j’ai appris grâce à mon grand-père que la meilleure façon de célébrer les camarades tombé.e.s ou emprisonné.e.s, c’est de poursuivre leurs combats. Poursuivre les combats contre le fascisme, contre le racisme, contre l’exclusion, pour l’égalité, pour la solidarité, pour un partage équitable des ressources, qui respecte l’environnement et les peuples.

Une commémoration, c’est aussi l’occasion de questionner le temps présent : partout sur Terre, la violence d’État se retourne contre les populations.

Aux Etats-Unis, lors de la fusillade d’El Paso le 3 août dernier, les forces racistes et conservatrices, légitimées par Trump et son gouvernement, massacraient vingt-deux personnes et en blessaient au moins vingt-quatre autres. Par ses discours haineux, ce même gouvernement favorise l’augmentation de la violence policière contre les pauvres et les agressions racistes et sexuelles.  

Au Brésil, l’État légitime la violence contre les Noir.e.s et les indigènes et se rend complice de l’assassinat d’opposant.e.s au gouvernement. Je pense notamment à l’écologiste Paulo Paulino, assasiné pour s’être opposé à l’exploitation illégale du bois et à l’expansion agricole des grands propriétaires, ou encore à la militante du Parti « Socialisme et Liberté », Marielle Franco, qui se battait pour l’égalité de genre, contre la misère dans les favelas et pour la communauté LGBT et noire de son pays.

Au Chili encore, le pouvoir en place a lancé l’armée contre le peuple qui manifestait pacifiquement ces dernières semaines contre la crise sociale. 23 mort.e.s, 2'500 blessé.e.s et 5'000 arrestations pour avoir dénoncé plus de 30 ans d’abus des systèmes privatisés sous Pinochet, ceux de la santé, de l’éducation, de la retraite et des ressources naturelles.

Mais la situation se durcit également plus près de chez nous, en France voisine, où le mouvement de désespoir social des gilets jaunes a été durement confronté à la violence policière.

Et malheureusement, la Suisse n’est pas épargnée : nous assistons à un durcissement des fronts sur les plans sociétal et économique. L’extrême droite se montre toujours plus agressive et décomplexée. Avec son opposition à la nouvelle loi sur la norme anti-raciste, qui s’étend désormais à la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, l’UDC prend la responsabilité de favoriser le racisme et les discriminations.

Sur le plan économique, la droite libérale poursuit sa politique de démantèlement des droits sociaux, en diminuant les recettes de l’État et en se servant de celui-ci pour mieux humilier et déshumaniser les personnes précarisées. Au nom de l’efficience et de l’économie, on n’hésite plus à maltraiter celles et ceux qui ont besoin de protection.

Après les résultats des élections fédérales du 20 octobre, cette droite n’a pas hésité à se rapprocher de l’UDC à Genève et à mener une campagne agressive contre les candidats du PS et des Vert.e.s au Conseil des États, Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga. L’alliance de la droite et de l’extrême droite est certainement vouée à se renforcer tant les enjeux actuels, climatiques et sociaux, remettent en question les dogmes et pratiques destructrices de l’ultra libéralisme.

A Genève, en 1932, treize personnes sont mortes, au bout de cette plaine de Plainpalais, pour avoir protesté contre le fascisme. Elles sont tombées sous les balles de militaires aux ordres de l’État.

Treize personnes sont mortes, ici, victimes d’une fusillade criminelle dont personne n’a jamais eu à rendre de comptes.

Nous leur devons bien sûr cet hommage et l’entretien d’une mémoire. Mais nous avons aussi un devoir de solidarité et de refus du fascisme, un devoir de résistance et d’engagement.

Je n’oublierai jamais tout ce que je dois aux combattant.e.s de la liberté, aux militant.e.s qui se sont exposé.e.s au péril de leur vie et de leurs biens. Malgré leurs malheurs, elles et ils n’ont jamais cessé de se tenir debout face à l'Histoire.

Fidèle à leurs valeurs qui sont devenues les miennes, je veux croire en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur."

Alfonso Gomez

Les Vert.e.s

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