07/09/2014

Pour la formation des jeunes : Soutenir et non exclure !

Mi-août nous avons appris, par la presse, que la Cheffe du Département de l’instruction publique  a décidé de durcir la sélection dans les formations secondaires après le Cycle d’orientation (CO).  Les élèves et leurs parents ont donc reçu, la première semaine d’école, les informations concernant ces modifications,  imposées sans consultation des associations professionnelles ni des associations de parents et d’étudiants.

Le nouveau règlement limite, pour toutes les formations après le CO, le redoublement et les dérogations, et raccourci le délai pour une interruption d’année à fin septembre comme si trois semaines d’école suffisaient pour porter un jugement aussi définitif sur un élève!  

En plus, pour les collégiens et collégiennes, le DIP exigera l’obtention de 16 points dans les matières principales en 2ème, 3ème et 4ème année.

La Cheffe du DIP prétend qu’une sélection plus dure permettra une meilleure orientation des jeunes et une augmentation des places d’apprentissage…

La nouvelle Constitution genevoise a rendu l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. Dans les grandes villes suisses,  la moyenne d’âge d’entrée en apprentissage est à 18 ans. A Genève, seul 20% des jeunes d’une classe d’âge obtient une maturité au collège. Une formation pour chacun-e selon la formule de la Cheffe du DIP est un objectif essentiel. En attendant, pourquoi mettre les jeunes en échec scolaire ?

Ce qui semble être recherché, c’est une limitation du parcours de certains élèves dans le secondaire pour ne rien obtenir in fine. Admettons.  Mais alors pourquoi avoir mis en place un règlement en catimini, sans mesures d’accompagnement ? Que vont devenir les élèves « exclus ».

Aller dans les écoles de culture générale (ECG) qui sont déjà surchargées et les bâtiments insuffisants.  En apprentissage ? Soit, mais que fait le DIP  pour adapter la formation professionnelle ?  Espère-t-on que les entreprises créent des places d’apprentissage d’un coup de baguette magique ! Le risque est de favoriser les décrochages scolaires qu’on prétend combattre.

 La méthode porte avec elle une légère odeur de soufre. En excluant très rapidement les élèves on limite les coûts au DIP, bref on économise sur le dos de la démocratisation des études.

Comme le dénonçait Mme Betran de la FAPPO (Fédération des Associations de Parents du Post-Obligatoire) dans Le Courrier du 12 août «  Les conditions pour obtenir la maturité ne cessent d’augmenter depuis quatre ans. Il est donc normal que les échecs augmentent au collège » et elle posait la bonne question  «Pourquoi une école si sélective? » en mettant en garde sur le fait que cette politique risque d’augmenter  « la fracture sociale et la paupérisation des couches les moins favorisées. Les jeunes issus de familles aisées pourront toujours se payer une formation dans le privé pour accéder à l’université ».

Face à ce durcissement, aucune nouvelle mesure n’est annoncée pour renforcer le soutien scolaire dans les écoles secondaires comme par exemple :

-          organiser des examens de rattrapage dans les établissements du secondaire à la fin de l’été comme c’est le cas à l’Université et dans de nombreux pays européens pour éviter le redoublement  et la démotivation ;

-          améliorer la cohérence entre les exigences disparates selon les collèges et les professeurs ;

-          améliorer les moyens des Ecoles de culture générale et Ecoles de commerce et créer de nouvelles places avec un encadrement adéquat ;

-          augmenter les places d’apprentissage en école et duales ;

-          mieux former les enseignant-e-s au soutien scolaire et développer le soutien scolaire public et gratuit ;

-          etc.

Il est primordial que les jeunes restent scolarisés et ne décrochent pas de leur formation, même lorsque les parcours ne sont pas des longs fleuves tranquilles. Choisir un métier, décider de son avenir n’est pas toujours facile. Pourquoi devrait-on être puni de cela ?

DIP

19:11 Écrit par Alfonso Gomez dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : dip

Commentaires

J'ai reçue ce matin ce message d'une maman d'élève :


"Monsieur,

Bravo pour votre article qui résume à merveille les problèmes actuels.J’aimerais ajouter un détail: J’ai été pendant 3 ans la présidente des parents d’élèves de l’école d’horticulture de Lullier. Cette année, là-bas aussi, les élèves ont pris connaissance et signé la fameuse lettre du D.I.P. ce qui me choque énormément c’est la date butoir du 30 septembre particulièrement pour les écoles professionnelles. Si il est difficile d’avoir les idées claires après 1 mois au collège, imaginez ce qu’il en est dans les écoles professionnelles où l’enseignement du métier n’a parfois même pas commencé!

Tout cela est bien triste pour nos jeunes."

Écrit par : Alfonso Gomez | 09/09/2014

Merci Alfonso! :) je crois que tu as tout dit

Écrit par : Ornella | 11/09/2014

Parent d'un enfant dit "brillant" qui est entré en échec total (absentéisme) la 2è & 3è année du CO, je suis reconnaissante de le voir s'épanouir au CTP (anciennement SCAI), pourtant doté d'une réputation de dernier recours auprès de nombreux parents. Une partie du succès de cette école est sa formule orientée sur la pratique, un professorat ferme mais faisant preuve d'empathie, et avant tout, pour mon enfant, le rejet de l'élitisme.

Il ne pouvait s'identifier à la culture de l'élitisme de la branche LS, du mépris que l'on peut y trouver pour les "paresseux", les métiers "voie de garage", etc. C'est un milieu populaire qui à son âge et avec ses convictions, lui paraît plus égalitaire. L'EPFL demeure malgré tout possible.

Je vous rejoins, particulièrement dans la question de la date butoir, mais souhaite souligner l'importance "identitaire" des notes/points. Pour conclure, lorsqu'il a rencontré les enseignants du CTP lors des journées d'inscription, il s'est demandé comment des enseignants pouvaient se montrer "trop sympa, et trop à l'écoute", malgré que l'on lui ai décrit des réalités de vie. En fait, il avait très vite compris la notion d'exclusion.

Écrit par : une maman | 15/09/2014

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