Alfonso Gomez

  • Pandémie et crise climatique

    En raison de la crise sanitaire mondiale que nous traversons, des mesures exceptionnelles sont mises en place par de nombreux pays afin de protéger la santé de la population et de l’économie. Cette situation suscite par ailleurs une grande diversité de réflexions sur la mondialisation de l’économie, notre rapport à la consommation, à l’environnement et à la justice sociale.

    Les questions posées par la pandémie sont absolument identiques à celles soulevées par la crise climatique mondiale dénoncée depuis les années septante, notamment par les partis écologiques. Et pourtant, pour lutter contre l’urgence environnementale, qui concerne également l’ensemble de la planète, nos ressources naturelles, les inégalités croissantes et les graves crises économiques et migratoires à venir, il n’a pas été possible jusqu’à présent de mobiliser véritablement les Etats et les populations.

    Des choix pour l’avenir

    Pour sortir de la crise économique engendrée par la pandémie, différentes visions s’affrontent déjà. Pour certains, il va s’agir de reprendre au plus vite les anciennes recettes se basant sur la simple croissance du PIB et du développement du commerce international. Les tenants de cette reprise appellent déjà à soutenir fortement la reprise des secteurs de l’industrie automobile et du trafic aérien.

    Pour les Verts, l’expérience de la pandémie doit nous mener à une véritable réflexion sur la croissance, la déréglementation économique et ses ravages sur la justice sociale et la destruction de la planète. Cela doit être l’occasion de développer de nouveaux indicateurs socio-économiques permettant de mesurer l’empreinte carbone et la production de déchets et de développer des indices de santé sociale de nos sociétés. L’occasion d’expérimenter le revenu inconditionnel, le partage du temps de travail, la reconnaissance de l’engagement associatif et du bénévolat et le renforcement nécessaire des services publics, seuls capable d’assurer une protection de la population.

    La relance verte

    La Ville de Genève, comme l’ensemble des collectivités publiques à tous les échelons institutionnels, doit montrer l’exemple et prioriser une relance compatible avec la lutte contre la crise climatique.

    Cette relance verte devra se décliner notamment dans les domaines de l’économie locale et de l’innovation, de l’aménagement et du verdissement, de la rénovation du parc immobilier, du soutien à notre tissu associatif social, culturel et sportif et à notre agriculture locale, de la gestion des déchets et évidemment de la mobilité.

    Agir concrètement contre la pollution par la rénovation thermique

    La Ville de Genève possède un parc immobilier important qui lui permet d’agir concrètement pour améliorer la qualité de l’air. En effet, le chauffage des habitations constitue l’une des principales sources de pollution athmospérique. Or, malgré la vétusté de son patrimoine administratif et financier, la Ville de Genève se contente de répondre aux normes suisses en rénovant 1,2%  du patrimoine bâti, par le biais d’un investissement annuel d’une vingtaine de millions. C’est bien trop peu !

    Pour agir concrètement, les Verts ont déposé un projet de délibération au Conseil municipal le 3 mars dernier afin de créer une fondation de droit public dotée d’un milliard et demi sur 10 ans et dont la mission sera exclusivement d’assurer cette rénovation et de gérer ce financement extraordinaire. Du point de vue économique, l’argent investi profitera à l’économie territoriale et soutiendra l’emploi local.

    Cet engagement fort de la Ville de Genève pour lutter contre le réchauffement climatique permettra, par l’exemple, de convaincre d’autres collectivités publiques mais aussi des propriétaires privés de s’y associer. Alors que le peuple genevois a freiné par deux fois récemment la densification du territoire et la construction de bureaux et de logements, le moment est idéal pour allouer des ressources massives à la rénovation.

    L’objectif ? Atteindre la neutralité carbone des bâtiments propriété de la Ville de Genève en 2030. C’est actuellement possible car les taux d’intérêt extrêmement bas présentent une occasion unique d’emprunter, en émettant des obligations vertes. Pour mémoire, la Ville de Lausanne entend atteindre cet objectif de neutralité des émissions carbone à l’horizon 2030.

    Emplois de proximité, santé publique et baisse de charges

    Ce projet volontariste répond à plusieurs préoccupations. Celle de la protection de la santé de la population, amenée à souffrir de plus en plus d’un environnement pollué et dangereux. Celle également des ilôts de chaleur en ville, qui durant les canicules rendent la ville invivable pour ses habitant.e.s. Enfin celle de la diminution des charges locatives car une meilleure isolation des bâtiments entraînera des économies de chauffage. 

    La Ville de Genève doit prendre ses responsabilités et passer aux actes. Voter l’urgence climatique au sein du Conseil municipal est un premier pas. Il est maintenant essentiel de voter des mesures concrètes. Si l’ensemble des partis politiques se réclament aujourd’hui de l’écologie – et les Verts s’en réjouissent - cela ne se concrétise malheureusement pas encore au moment des votes pour des mesures concrètes.

    Et pourtant le temps est compté. L’expérience de la pandémis que nous traversons actuellement nous le montre. Nous pouvons être capables d’agir collectivement, solidairement, face à un désastre mondial. L’urgence climatique est le prochain désatre, et c’est tout de suite qu’il faut agir.

    Or, la transition écologique et solidaire – il n’y aura pas de transition sans justice sociale – est pour l’heure entravée par un manque de réactivité des collectivités publiques. L’impact global sur le climat, l’impact sur notre santé, l’eau, la biodiversité, les sols et notre dépendance à l’importation de matières fossiles nous imposent d’entamer dès aujourd’hui ce grand plan de rénovation de notre patrimoine.

    Faisons le pari que notre Municipalité consentira à cet effort sans précédent pour le climat et la biodiversité !

    Alfonso Gomez

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  • La Comédie suspend son envol

    Écrire sur la nouvelle Comédie, en confinement depuis 20 jours, et rêver quelques instants. Me souvenir du dernier spectacle, Dom Juan de Molière par la compagnie des Fondateurs. Un beau spectacle, une salle pleine de jeunes et la force du texte si actuel en plein débat sur les Césars et les violences faites aux femmes.

    Une dernière soirée, à la Comédie des Philosophes. La dernière soirée en fait. Avant l'annonce de la fermeture, brutale, liée au Coronavirus. Les derniers spectacles sont annulés, le chantier de la nouvelle Comédie est stoppé, le déménagement repoussé. Les adieux à l’institution se font chacun.e chez soi, en quarantaine.

    Les images et les sensations de la dernière saison remontent à la surface : des rencontres chaleureuses après le très touchant spectacle d'Anne Bisang ou encore les folies humanistes de Pippo Delbono. Je me rappelle aussi la découverte extraordinaire de l’univers virtuel de Gilles Jobin ou encore de l’artiste brésilienne Christiane Jatahy qui nous a fait voyagé de la scène à l’écran, une soirée magique.

     

    Tous ces souvenirs nous rappellent la singularité des arts que l’on appelle vivants. Ces créations qui se partagent dans un temps éphémère, nous rassemblent dans un lieu et laissent des traces dans nos âmes. Genève a une formidable scène artistique, très diversifiée. La crise que nous traversons nous aura convaincu, s’il le fallait, que l’art nous est indispensable, que l’économie du spectacle est fragile et qu’il est nécessaire de la soutenir. C’est une préoccupation constante de la Ville de Genève qui devra s’engager fortement les années à venir aux côtés des institutions et des artistes qui nous aident à vivre et à penser.

    Dans l’attente de la réouverture de nos scènes et de la fin des travaux de la future Comédie de Genève au Eaux-Vives, je tiens à remercier les artistes et toutes celles et ceux qui ont fait la Comédie au boulevard des Philosophes. Dans ce moment de tragédie, savoir qu'un jour prochain, à nouveau, nous sortirons au spectacle, ensemble, donne de l'espoir.

    La Comédie reprendra son vol et nous serons présents, pour fêter ensemble un nouveau théâtre et y partager les joies et les peines de la condition humaine.

    Alfonso Gomez

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  • Aménagement ? Changeons de paradigme !

    J’ai participé au débat de la Tribune de Genève et du Club suisse de la presse, que je remercie pour l’organisation impeccable de la soirée. La thématique générale portait sur les défis qui attendent Genève lors de la prochaine législature. J’ai moi-même fait partie du panel de cinq candidat.e.s interrogé.e.s sur le type de croissance souhaité pour Genève.

    A cette question, permettez-moi de répondre par une autre : quelle croissance est réellement souhaitable dans un monde aux ressources finies, soit non renouvelables ad aeternam ? A l’heure de l’urgence climatique, nous ne pouvons plus raisonner selon des logiques passéistes qui nous ont mené.e.s à l’actuel désastre environnemental – et social pour partie. Aujourd’hui, nous devons passer à l’étape suivante. Celle de la transition écologique, pour aboutir à une société post-carbone, où le seul bien infini est celui du vivre ensemble et de la qualité de vie.

    Plus spécifiquement, Laurence Bézaguet de la Tribune de Genève m’a demandé si je regrettais les récents choix populaires de ne pas développer les zones de Meyrin-Cointrin, de Pré-du-Stand ou encore du Petit-Saconnex. La réponse est non, puisque j’ai personnellement défendu publiquement et en assemblée générale des Vert.e.s genevois le refus de ces déclassements. Plusieurs facteurs expliquent ma prise de position.

    Tout d’abord, les pics et îlots de chaleur en Ville ces deux dernières années ont été très mal vécus par les habitant.e.s. Il faut se rendre compte d’une chose : quand il fait à Anières une température de 20° à minuit, le thermomètre grimpe en Ville à 30° ! Et à 30°, le corps ne se repose pas. Ces périodes de grandes chaleurs vont se généraliser. Raison pour laquelle il est urgent de travailler sur la déminéralisation de la Ville, et sa végétalisation.

    Ensuite, nous devons tenir compte des projets récemment sortis de terre et qui ont déçu, à l’instar de l’écoquartier du Carré Vert (ex-Artamis). On nous a vendu une forêt urbaine, on se retrouve aujourd’hui dans un océan de béton! A ce titre, le futur périmètre de la Caserne des Vernets est préoccupant. Il est nécessaire de marquer un temps d’arrêt, prendre le temps de la respiration, réintroduire le vivant et le végétal dans la Ville : c’est un enjeu de santé publique.

    La ville n’est pas seulement qu'un amoncellement technique d’immeubles c’est aussi un rapport entre les hommes et les femmes qui l'habitent. La vie en ville doit avoir la priorité sur les immeubles.

    J’en appelle à un changement de paradigme. Jusqu’ici, nous avons construit sans nous soucier de ce que nous allions mettre autour. Le geste architectural était privilégié (et encore, ça n’a pas toujours donné lieu à des réussites !) au détriment des personnes qui allaient occuper ces logements et vivre dans les nouveaux quartiers ainsi créés. Désormais, nous devons penser l’aménagement de manière transversale, à l’aune de toutes les politiques publiques afférentes (mobilité, cohésion sociale, culture, sports etc.), avant de vouloir construire quoi que ce soit ! C’est à cette seule condition que nous pourrons aller de l’avant avec les Plans localisés de quartier en cours sur le territoire de la Ville. A cet égard, les coopératives, parce que non spéculatives, doivent être privilégiées ainsi que la maîtrise foncière par les collectivités publiques, pour des loyers abordables et du logement social.

    Quant aux grandes zones de développement, si des zones villas doivent céder la place à des logements bien moins voraces en énergie, cela ne doit pas être une occasion de plus de minéraliser le sol. Des forêts, des zones de verdure et des arbres doivent apparaître et être replantés. Ces interstices végétales dans l’espace urbain seront un bienfait pour les habitant.e.s et pour la biodiversité. En supprimant la nature de la Ville on rompt aussi les liens sociaux.

    Enfin, j’aimerais citer quelques objectifs : un moratoire sur tout nouvelle construction de bureaux, la piétonisation du centre-ville et des quartiers, dans un but de santé publique, et une couverture arborée de 30% en Ville (contre 21% actuellement). Et comme on ne pourra pas tout avoir, il nous faudra choisir entre les arbres et les places de parc !

    Enfin, M. Pierre Ruetschi nous a demandé de définir en un mot notre vision de Genève en 2050. J’ai répondu par « Biopolis ». Soit une ville écologique et végétale, hybride entre le milieu naturel et celui urbanisé, qui fonctionne aux bioénergies et construit ou rénove avec des biomatériaux (bois, paille, liège, chanvre). Je me réjouis de voir le résultat et vous donne rendez-vous dans 30 ans pour voir le résultat !

    Lien vers la vidéo du débat

    Alfonso Gomez

     

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